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Écoulement des produits de la pêche : difficultés et début d’organisation

Pas simple d’être pêcheur professionnel par ces temps de confinement. Si les commerces de poissons sont ouverts et que la pêche est autorisée, la fermeture des marchés a quelque peu compliqué les choses. Les armements, comme les entreprises de transformations, doivent s’adapter, comme nous l’ont confirmé les professionnels que nous avons rencontrés. 

« Nous avons de la chance de pouvoir partir en campagne de pêche, explique Mario Lopez, président de l’Association des industriels transformateurs de produits hauturiers et directeur de Pescana, mais le traitement et la commercialisation sont très compliqués du fait que les marchés sont fermés. Cela va bloquer au niveau des approvisionnements, des écoulements de poissons. »

Si la pêche professionnelle est autorisée et donc que des campagnes peuvent être menées, c’est l’écoulement de la production qui est problématique puisque les marchés mais aussi les restaurants sont fermés. « C’est une période très compliquée par rapport à l’année dernière où il y avait un peu plus de demandes que cette année, souligne Mario Lopez. Certains se sont organisés en assurant la livraison à domicile, mais cela reste quand même très difficile à écouler car il y a moins de clients, moins de marchés, de restaurants et de collectivités. »

Se débrouiller

Christophe Pierron est pêcheur professionnel en province Sud et lui aussi s’organise. « J’ai réussi à trouver un colporteur du marché qui fait uniquement de l’achat et de la vente, dit-il. Donc je lui fournis du poisson et il fait du porte-à-porte. Chacun se débrouille comme il peut. » Faire face à cette nouvelle difficulté liée à la pandémie de Covid-19 concerne tous les pêcheurs calédoniens. « Les colporteurs continuent de rouler, explique Christophe Puntonet et coordinateur de la fédération des pêcheurs professionnels du Nord, et les trois poissonneries du Nord, sur Pouembout et Koumac, continuent d’acheter. Mais cela pose quand même des problèmes, car le surplus de ce qui est pêché dans le Nord part dans le Sud, cela fait un gros manque à gagner pour les pêcheurs. Il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps, il faut que le business reprenne car pour les pêcheurs ça va être dur. » Et les transformateurs aussi doivent s’adapter, et parfois trouver des solutions par eux-mêmes.

« On s’adapte, explique le directeur de Pescana, on met sous vide les produits destinés aux collectivités et aux restaurants. Ensuite on essaye d’exporter quelques thons au Japon. Heureusement que c’est une période calme et qu’il n’y a pas beaucoup de poissons, cela permet d’organiser les interventions des employés en fonction des volumes et du temps de travail, sinon on stocke du poisson. Pour l’instant on subit et on est en train de mettre en place des choses. »

Des solutions ?

« L’activité de pêche est maintenue, souligne Abel Cica, président de la CPPNC. Dans le Sud, des discussions sont en cours pour voir comment on peut commercialiser les produits des pêcheurs. Cela fait suite aux discussions avec le Port Autonome pour pouvoir commercialiser directement les produits de la pêche du bateau. » Et finalement, à la suite du travail mené par la Fédération des pêcheurs professionnels côtiers de la province Sud, le port autonome et la ville de Nouméa ont autorisé les pêcheurs professionnels selon un protocole sanitaire strict à vendre leurs poissons en direct. Il sera possible d’acheter du poisson, mais entier uniquement, à Port Moselle de vendredi à dimanche, et la semaine prochaine à partir de jeudi, de 7 h à 12 h  à la passerelle de débarquement du port.

« La meilleure solution, estime Christophe Pierron, serait de rouvrir les marchés et de faire des itinéraires à respecter, d’autant que sur les marchés on est derrière les tables et obligatoirement à au moins 1 mètre des clients. La solution à l’avenir pour les pêcheurs serait de créer une unité de transformation gérée par la confédération. Cela éviterait d’aller écouler du poisson sur le bord de la route, et pourquoi pas de faire un OCEF du poisson géré par les pêcheurs, on en avait déjà parlé l’an dernier. »

Pour sa part, l’Agence rurale va relancer l’opération de soutien à la pêche professionnelle. Les produits seront commercialisés en rayon libre-service des GMS sous la marque « Délices des Mers du Sud » en entier et en poche de 1 kg surgelé ou en filet sous vide en poche d’environ 400 grammes. L’ensemble des acteurs devrait concéder des marges à un niveau bas pour permettre d’une part une rémunération minimale du pêcheur et du transformateur et d’autre part aux consommateurs de trouver un produit local de qualité et à un prix abordable. Et tout cela soutenu par une campagne de lancement des produits via les médias traditionnels et Internet.

Sur Nouméa, le poisson pourra vous être vendu du jeudi au dimanche de 7h à 12h, à la passerelle de débarquement du marché municipal de Nouméa.
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