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Silivélio Famoetau : l’enfant de Thio devenu inspecteur de la sécurité des navires

Âgé de 53 ans, Silivélio Famoetau est inspecteur de la sécurité des navires à la Direction des affaires maritimes de la Nouvelle-Calédonie. Son histoire est celle du courage, du travail, et de la détermination, et pour bien des jeunes, elle pourrait servir de modèle. 

Aîné d’une famille de 6 enfants, Silivélio entame des études pour décrocher son CAP mécanique auto. Mais nous sommes en 1984, et les Évènements vont bouleverser son parcours et le contraignent à arrêter son cursus. Il a 17 ans, il lui faut travailler. C’est là qu’il a son premier contact avec la mer, la pêche et les bateaux puisqu’il est embauché comme matelot graisseur par une société de pêche japonaise. « J’avais l’avantage de parler un peu anglais », dit-il. Il embarque alors pour sa première campagne d’une durée de trois mois. « C’était dur, c’est un métier qui est difficile, explique Silivélio, mais je n’ai pas trop cherché à savoir si j’aimais ou pas c’était un travail et j’en avais besoin pour aider la famille. »

Et il n’a rien oublié de cette première campagne. « Je me souviens, raconte-t-il, la ligne mère s’était prise dans l’hélice et cela avait fait un gros paquet de nœuds. On était en plein océan, à trois jours de terre, j’étais à la machine et le moteur chauffait. Il a fallu plonger pour couper… pas de masque, pas de tuba, pas de palmes, et il y avait beaucoup de courant… Les dents de la mer, je l’ai vu le film (sourires), et jusqu’à aujourd’hui je pense à ce moment. » Il marquera une pause de deux ans, lors de son service national qu’il effectue bien évidemment dans la Marine nationale comme mécanicien. De retour, les Japonais font à nouveau appel à lui en tant que responsable du service technique, un poste qu’il occupera durant trois années. 

Une expérience irremplaçable

Après ces trois années de campagne, Silivélio va changer d’orientation. Et pour cause, la marine marchande cherche quelqu’un qui connaissait la pêche dans son ensemble, or sur navire de pêche il a tout fait : matelot, cuisto, maître d’équipage, capitaine, chef mécanicien. « Ils m’ont donné l’opportunité d’embarquer sur le “Dar Mad”, nous dit Silivélio, c’était un navire de formation de pêche. Ils souhaitaient se lancer dans la pêche à la palangre que personne ne connaissait à l’époque, sauf moi qui l’avais pratiquée avec les Japonais qui pêchaient comme cela. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’intéresser au métier d’inspecteur. »

Mais c’est une nouvelle et difficile aventure qui commence pour Silivélio Famoetau. Il part suivre sa formation en métropole en 2011, là-bas il apprend la théorie et se souvient des efforts qu’il lui avait fallu fournir. « J’avais arrêté l’école au CAP, dit-il, alors c’était très dur, j’étais confronté à des personnes très instruites. Mon gros avantage était que j’avais déjà beaucoup navigué, et eux pas. » C’est ce qui fait qu’il achève sa formation avec succès, de retour en Nouvelle-Calédonie, où il a assuré par ailleurs la partie pratique de sa formation, il intègre le Service de la navigation et de la sécurité maritimes et obtient sa titularisation en 2013. « Quand je suis parti en métropole, confie-t-il, mes amis qui me connaissent m’ont dit que je ne tiendrais pas, car je suis d’abord un homme de terrain. Mais il faut bien se dire qu’avant le terrain, il y a la “paperasse”, et si elle est bien préparée, alors ça se passera bien ensuite sur le terrain. »

Un travail complexe

La compétence Sécurité des navires a été transférée à la Nouvelle-Calédonie en 2011. La Nouvelle-Calédonie s’est alors approprié la réglementation nationale en vigueur en France, sauf qu’entre temps, cette réglementation a changé. Aux termes d’une délibération en date de 2018, il faut donc tout refaire ou presque ! « Mon travail c’est ça, explique Silivélio, je suis référant de 85 % de la flotte professionnelle calédonienne ce qui représente environ 500 navires. La plupart du temps, j’interviens sur les moins de 12 mètres, ce qui me permet de beaucoup voyager Vietnam, Singapour, Chine, la Nouvelle-Zélande etc. pour assister à la construction de ces bateaux qui sont ensuite exploités en Nouvelle-Calédonie. »

Son rôle est de tout contrôler : des circuits électriques à la mécanique, la tuyauterie, les circuits d’alimentation, et de contrôler que les plans sont conformes et même de participer aux essais. Et le travail ne manque pas puisqu’il s’agit de coordonner les règlements et la législation afin de les rendre applicables et efficaces. « En ce moment, dit-il, je participe à l’élaboration de la nouvelle réglementation des navires de la Nouvelle-Calédonie. La réglementation nationale n’est pas toujours appropriée. On va l’adapter, mais sans baisser le niveau d’exigence, on va se référer aux exigences de nos voisins néo-zélandais ou australiens. Je n’ai pas encore réalisé la moitié du travail, il y a encore beaucoup de choses à faire. »

La reconnaissance

Non sans une légitime fierté, Silivélio précise avoir été le premier Calédonien formé pour se charger de ce transfert de compétences. Ce n’est donc pas par hasard qu’à la suite d’une démarche entreprise par son ancien directeur, il s’est vu décerner les insignes de Chevalier de l’Ordre National du Mérite.

« J’ai vraiment été surpris, avoue-t-il, je ne savais même pas que cela existait et que je pouvais y accéder. J’ai alors dit à mon épouse : tu te rends compte de cette distinction et de me dire qu’il y a quelqu’un qui a pensé à moi ! » Signalons que Silivélio est également détenteur de la médaille d’or des services militaires volontaires et de la médaille de la Défense Nationale échelon or. 

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