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Une étude sur la pêche côtière et les récifs coralliens

Comment mieux concilier pêche artisanale et protection de la biodiversité sur les récifs coralliens ? C’est le titre d’une étude publiée dans la revue Science le 17 avril par des chercheurs de l’Université de Montpellier, de l’IRD, du CNRS et de l’Université de la Nouvelle-Calédonie.

L’étude a porté de manière globale sur 1800 récifs coralliens dans 41 pays, et évidemment elle concerne la Nouvelle-Calédonie qui compte certains des derniers récifs en parfait état et une communauté importante de pêcheurs côtiers. « Les scientifiques, explique Laurent Vigliola, chercheur en écologie marine à l’IRD, co-auteur de l’étude, tentent de comprendre le système pour aider les gestionnaires à mieux protéger les écosystèmes et la biodiversité. » Et alors que les ressources marines diminuent, on comprend toute l’importance de ces études.

Les trois caractéristiques

L’étude menée à l’échelle de la planète a pris en compte trois caractéristiques pour classer en quelque sorte les récifs coralliens. D’abord la biomasse, c’est-à-dire la quantité de poissons pouvant effectivement être pêchés dans un récif. Ensuite, la capacité de certaines espèces de poissons à aider au fonctionnement du récif corallien. Par exemple, les poissons herbivores, comme les perroquets, ont un rôle important en broutant et en régulant la quantité d’algues et aider ainsi le corail à bien pousser. « On sait, explique Laurent Vigliola, que s’il n’y a pas ces poissons, c’est signe que le récif va beaucoup moins bien. » La 3e caractéristique est la diversité fonctionnelle, c’est-à-dire le rôle joué par chacune des espèces pour être sûr que l’écosystème fonctionne. L’étude a donc consisté à mesurer l’état des récifs coralliens en fonction de ces trois caractéristiques.

« Nous avons d’abord évalué le niveau de ces caractéristiques sur les récifs coralliens de la planète, explique ce Docteur en sciences, si ce niveau était bas ou élevé en fonction de la proximité des villes et des villages, et si ce niveau était plus élevé dans les récifs protégés. Nous avons ensuite réalisé des simulations pour déterminer dans quelle mesure si l’on protégeait certains récifs actuellement non protégés, on arrivait à restaurer ces trois caractéristiques. Et pour le coup, cela a permis de savoir où mettre ces réserves marines afin qu’elles soient le plus efficaces possible, et quel type de protection il fallait instaurer. »

Où et comment protéger ?

L’étude rappelle tout d’abord que les récifs coralliens, qui couvrent moins de 0,1 % des océans, constituent l’habitat de plus de 6 000 espèces de poissons marins et abritent environ un quart de la biodiversité marine connue. Selon l’ONU, la surface des AMP (Aires Marines Protégées) devrait être quintuplée d’ici 2030 pour atteindre l’objectif de 30 % d’habitats protégés dans le monde. « On sait qu’il faut faire des zones protégées, souligne Laurent Vigliola, mais on sait aussi que dans certains pays on a besoin d’aller à la pêche pour manger. La question est donc bien de savoir comment faire pour concilier les deux. Et pour concilier utilisation et protection de la nature, il faut savoir où et comment protéger. »

De manière synthétique, on peut dire que l’étude a mis en évidence trois points importants. On sait ainsi, mais l’étude « Pristine » menée en Nouvelle-Calédonie l’avait déjà souligné, qu’à l’échelle de la planète, les récifs capables d’être à très haut niveau sur les trois caractéristiques sont extrêmement rares. Il n’en reste que 5 % qui atteignent un niveau supérieur à 75 % pour les trois caractéristiques. « Le premier résultat de l’étude, insiste Laurent Vigliola, c’est la rareté des récifs qui sont dans un état extraordinaire et ce que nous scientifiques disons, est qu’il faut absolument les protéger et les protéger complètement. » Le second résultat montre que c’est en protégeant les récifs situés en zone rurale, là où la pression humaine n’est pas encore trop forte, que la protection est la plus efficace, car ces récifs ne sont pas encore trop dégradés, et il y a beaucoup à gagner en les protégeant. Et le 3e résultat souligne qu’une protection même partielle de ces récifs moyennement éloignés des hommes reste une mesure intéressante, même si cela est moins efficace qu’une protection stricte.

« On voit qu’il y a un très grand nombre de récifs qui sont extrêmement impactés, parce que trop proches des hommes, explique Laurent Vigliola. Mais mettre ces récifs en protection n’a pas beaucoup d’effet. En clair protéger des récifs déjà très abîmés ne permettra pas de les restaurer, même si cela peut être intéressant pour le tourisme par exemple. Mais quand on fait des mesures de protection dans des récifs suffisamment éloignés des hommes pour être encore en relativement bonne condition, on enregistre un gain énorme à mettre de la protection. Il faut protéger plus de récifs en zone rurale, à distance des grandes villes, là où les récifs sont encore en relativement bon état, et l’investissement pour mettre des zones de protection devient alors très productif. »

Et en Nouvelle-Calédonie ?

La pression humaine sur les récifs coralliens de Nouvelle-Calédonie est assez importante près des villes, et l’est de moins en moins au fur et à mesure qu’on s’en éloigne. L’étude à l’échelle de la planète a donc des applications dans l’archipel, « il y a un grand nombre de récifs qui ont un potentiel de restauration important en Nouvelle-Calédonie, car ils sont assez loin de Nouméa et des autres villes calédoniennes, et donc pas encore trop dégradés. C’est exactement ce type de récif qu’il faut protéger pour un maximum d’effet d’après notre étude  », souligne Laurent Vigliola. Les mesures de protection des récifs, quelles que soient leurs formes, totales ou partielles, sont déjà une mesure de bonne gestion de la ressource et donc de la pêche. « La protection stricte n’est pas une mesure qui va à l’encontre de la pêche, conclut-il.

Les pêcheurs sont les premiers à vouloir gérer la ressource, or la réserve où l’on n’a pas le droit de pêcher est un outil de gestion de pêche. Mais il est évident que l’on ne peut pas placer sous statut de réserve stricte l’ensemble des récifs calédoniens. La bonne gestion est bien sûr de combiner des mesures efficaces de conservation avec des mesures de gestion, comme le font déjà nos gestionnaires. Ce que nous apprend cette étude en revanche, c’est que la protection a un effet maximal dans les récifs qui ne sont pas trop dégradés, généralement en zone rurale donc, et qu’il faut sanctuariser les rares récifs coralliens encore en parfaite santé sur la planète, comme les Calédoniens l’ont fait dans le parc naturel de la mer de corail. »

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