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Poisson et mercure : le vrai/faux débat

Récemment, la publication d’une étude commune à l’IRD et à la CPS a relancé le débat sur la qualité des produits de la pêche en Océanie et sur la présence de mercure dans certaines espèces. Cette étude a porté sur les thons pêchés dans le Pacifique central et sud-ouest. Néanmoins en Nouvelle-Calédonie, certains médias se sont saisis de la question pour remettre en cause la qualité de nos poissons. D’où la nécessité d’un éclairage.

La question de la présence de mercure dans certaines espèces de poissons n’est pas nouvelle et concerne tous les produits hauturiers du monde ; il s’avère qu’en Nouvelle-Calédonie, la situation est bien moins catastrophique que certains, agitant les peurs, veulent bien faire croire. C’est le thon qui est principalement visé par ce débat. Il faut savoir que plus de 2 000 tonnes de thon sont pêchées chaque année en Nouvelle-Calédonie, dont 400 tonnes réservées à l’exportation. Depuis que se pose la question de la présence de mercure dans certaines espèces, les pêcheurs, les institutions et les organismes scientifiques calédoniens se sont mobilisés et ont mis en place des mesures afin d’assurer aux consommateurs calédoniens l’innocuité des produits de la pêche.

Le SIVAP (Service d’inspection vétérinaire, alimentaire et phytosanitaire) a ainsi mis en place un plan de surveillance et de contrôle de la qualité sanitaire des produits. Les derniers résultats montrent que le taux de mercure retrouvé dans le thon blanc, qui représente 70 % des captures de la flotte hauturière calédonienne, se situe loin derrière les normes internationales, de 0,1 à 0,4 mg/kg alors que la norme sanitaire internationale est de 1 mg/kg. « La problématique est maintenant connue de tout le monde, explique Florent Pithon, président de la Fédération des pêcheurs hauturiers, sur RRB, il s’agit donc de prendre les mesures afin de protéger les consommateurs. C’est ce qui a été fait en partenariat avec les différents services de la Nouvelle-Calédonie, notamment le SIVAP qui organise une campagne annuelle de contrôle au niveau de la filière sur les thons pour suivre les teneurs en mercure et cela donne lieu chaque année à un compte-rendu des résultats. »

Une pêche responsable

Au-delà des études et des contrôles, il faut souligner l’engagement des pêcheurs calédoniens. Il a pris la forme d’une démarche « Pêche Responsable », initiée en 2013 par la Fédération des pêcheurs hauturiers de Nouvelle-Calédonie, aux côtés de l’ERPA (aujourd’hui Agence Rurale), avec les soutiens techniques des Aires maritimes, de la Chambre d’agriculture et de la DAVAR. Cette démarche exigeante, mais respectueuse de l’environnement, de la ressource et des hommes, a pour objet de défendre la haute qualité des produits de la pêche et la gestion durable de la ressource afin de pérenniser la filière. « Au travers de cette démarche Pêche Responsable, explique Théau Gontard,chargé de missions à l’Agence Rurale, les professionnels ont mis en place une exigence qui consiste à rejeter en mer les gros spécimens de sujets à risque (sujets âgés d’espèces qui accumulent le mercure environnemental : marlins bleus, espadons, etc.) pour éviter qu’ils soient mis sur le marché avec un taux de mercure supérieur à la normale. » Dans cette affaire, la prise de conscience des professionnels est totale, comme en témoigne le travail de surveillance et de vigilance qu’ils ont engagé.

Le saviez-vous ?
Il faut signaler que de nombreuses études scientifiques mettent en avant la thèse que la présence de sélénium (oligo-élément) dans le thon aurait un effet protecteur sur les atteintes toxiques du mercure.

Interview Alexandra Souprayen, diététicienne nutritionniste          

Pourquoi le poisson est-il bon pour notre santé ?

Le poisson est une source privilégiée d’oméga 3 qui sont des acides gras essentiels, « à chaîne longue » (EPA et DHA), ainsi qu’une source de protéines (autant que la viande), de minéraux comme le phosphore, le calcium, le fer, d’oligo-éléments comme l’iode, le zinc, le sélénium… et de vitamines comme la vitamine A, D, E etcertaines vitamines B. Tous ces nutriments sont indispensables à notre bonne santé. Le poisson possède donc des qualités nutritionnelles précieuses.

Quels sont les bienfaits du poisson sur notre santé ?

Ces oméga 3 contribuent au développement et au bon fonctionnement du système nerveux, du cerveau et de la rétine, et jouent un rôle important dans la prévention des maladies cardio-vasculaires, participant à la diminution du mauvais cholestérol (LDL), en réduisant significativement la mortalité par maladies cardio-vasculaires, selon certaines études scientifiques. Ils réduisent aussi l’inflammation. De plus, les protéines apportées par le poisson sont d’excellente qualité et de grande variétéquant aux divers acides aminés. Les protéines du poisson restent rassasiantes et très digestes. La vitamine A est indispensable pour la santé des yeux, la vitamine Dparticipe à la fixation du calcium dans les os, la vitamine E est antioxydante…

Il est donc recommandé d’en consommer régulièrement ? 

Les recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentaire, de l’environnement et du travail (ANSES) proposent, pour la population générale, de consommer 2 portions de poisson par semaine,en associant un poisson gras à forte teneur en oméga 3 (type thon, saumon, sardine, maquereau…) et un poisson dit « maigre », en variant les espèces et les lieux d’approvisionnement. Le poisson peut se consommer sous différentes formes (entrées, plats principaux, salades, terrines, quiches, cru, cuit…) et se préparer selon des modes de cuisson variés (privilégier les cuissons sans ajout excessif de matière grasse). Ces recommandations sont à adapter pour les femmes enceintes, allaitantes et les enfants de moins de 3 ans.

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