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«Ici, l’effort de pêche est 10 à 20 fois inférieur !»

Nicolas Metzdorf, membre du gouvernement en charge de l’agriculture et de la pêche.

Le thon blanc Calédonien a de grandes ambitions. Issu d’une pêche sélective et responsable comme il ne s’en pratique presque plus, il veut se faire une place de choix sur le marché mondial. Pour y parvenir, le gouvernement et les professionnels se sont réunis autour d’une même marque, « Cap La Pérouse ». A la clé ? La création d’une trentaine d’emplois…

Comment l’idée est venue de créer cette marque pour booster la filière ?

Nicolas Metzdorf : Dès ma prise de fonction au gouvernement dans le secteur de la pêche, j’ai rencontré les professionnels qui m’ont rapidement fait part d’une chose plutôt rare en Nouvelle-Calédonie, ils n’ont aucun problème de production puisque la ressource en thon blanc, thon germon calédonien, est abondante dans notre zone économique exclusive (ZEE). En revanche, ils ont de gros problèmes d’accès aux marchés. Le marché local étant saturé, les seules perspectives de développement sont à l’export. Si notre thon a de grandes qualités gustatives, il n’est pas suffisamment compétitif et souffre d’un déficit d’image et de reconnaissance. L’idée de créer une marque est née de cette concertation entre le gouvernement, les pêcheurs et les transformateurs.

Pourquoi « Cap Lapérouse » ?

N.M : La première chose à savoir pour vendre, c’est que le client vous repère et sache à qui il à faire. Nous avons décidé de « Cap La Pérouse » pour regrouper la filière à l’international parce que tout le monde connaît le navigateur, une référence à la France et au Pacifique, mais aussi parce que ce nom symbolise l’excellence. Ça colle parfaite à l’image de notre filière et notre thon et ce n’est pas le cas partout.

Concrètement qu’est-ce qui nous différencie des autres ?

N.M : Nous faisons figure d’exception ! Les rendements de la pêche au thon sont partout en diminution, alors qu’en Nouvelle-Calédonie la ressource est préservée. Ce n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat de choix de politiques responsables et d’une exploitation réfléchie. Au cœur du parc naturel de la mer de Corail, les pêcheurs ont su prélever avec soin la ressource en thonidés. L’effort de pêche est 10 à 20 fois inférieur aux autres pays de la zone. Ici, nous pêchons à la palangre, une pêche responsable et sélective avec des méthodes de travail respectueuses de l’environnement et en respectant les règles et les mesures de gestion édictées par la Commission des pêches du pacifique Sud (WCPFC). Cette pêche hauturière, pratiquée dans le parc de la mer de Corail par nos armements et initiée par le gouvernement, fait d’ailleurs l’objet d’une certification « label pêche responsable » depuis 2007.

Est-ce que les clients à travers le monde sont sensibles à cela ?

N.M : Nous produisons 2 500 tonnes à l’année pour 300 tonnes d’exportations sur le Japon et 50 tonnes sur l’Europe et c’est ce dernier marché que nous visons. Le marché régional est saturé par la pêche intensive des pays de la région, une pêche à la senne destructrice, mais qui entraîne des coûts très bas. Il y un véritable marché pour nos produits pêchés à la palangre avec une certaine éthique, certes un peu plus chers, mais d’une tout autre qualité.

Pour la première fois la marque « Cap La Pérouse » était présentée au salon du Seafood organisé à Bruxelles.

Quels sont les premiers retours ?

Ce salon, véritable carrefour pour les acheteurs et les fournisseurs des produits de la mer qui s’est déroulé fin avril, a conforté la politique menée. Notre thon de qualité premium et son circuit de distribution haut de gamme a tapé dans l’œil de plusieurs grandes sociétés de l’agroalimentaire, dont Thiriet et Picard ainsi que la chaîne « Relais et château ». Des commandes fermes ont été passées sur la longe de thon fraîche qui laisse entrevoir des perspective de doublement de marché. Pour une première participation, c’est un succès, mais qu’il nous faudra confirmer dans les prochains mois.

Est-ce que la filière peut supporter de nouvelles commandes ou doit-elle être redimensionnée ?

Aujourd’hui, la filière comprend 16 navires. Mais la faible pression sur la ressource offre une réelle marge de manœuvre, tout en restant dans les règles de gestion durable et de conservation des milieux dictées par le parc de la mer de Corail. Ce dernier fixe le nombre maximum de navires à 21. Dans le cadre de cette politique de développement, nous allons monter à 19. Nous allons procéder par palier et déjà analyser l’écoulement de cette nouvelle production.

Concrètement c’est pour quand et quels sont les conséquences en termes d’emplois ?

Pour passer de 16 à 19, nous allons déjà créer une trentaine d’emplois directs et indirects. Le gouvernement y travaille déjà. La commission de la ressource marine a donné son aval pour les trois bateaux supplémentaires, ils sont commandés, et il faut désormais un arrêté du gouvernement pour officialiser tout cela. C’est l’affaire de quelques mois pour le démarrage. Mais nous ne restons pas les bras croisés, déjà, nous travaillons pour une labellisation pêche durable du thon calédonien et une reconnaissance à l’échelle mondiale qui serait un formidable tremplin pour la marque « Cap La Pérouse ». Des échanges ont déjà eu lieu, notamment à Bruxelles. C’est en bonne voie.

La filière du thon germon en chiffres

-2018 : 16 navire, 6 armements et 4 ateliers de transformation
-Capacité de progression du marché local : 50 tonnes par an
-Export vers le Japon : 300 à 500 tonnes par an
-Export vers l’Europe : 30 à 50 tonnes par an / objectif + 200 tonnes
-Effort de pêche : 1 hameçon par jour pour 110 km2

Le Seafood 2018

-1 950 professionnels venant de 78 pays différents
-72 pavillons nationaux et régionaux
-40 000 m2 d’exposition
-25 000 visiteurs étrangers du secteur des produits de la mer provenant d’une centaine de pays

Côté calédonien

-500 visites sur le stand en 3 jours
-30 entretiens B to B : échanges de contacts et déclarations d’intérêt
-Fort intérêt de négociants pour les circuits de distribution haut de gamme
-Déclaration d’intérêt avec une conserverie premium « La Belle Îloise »
-Perspectives de référencement chez le distributeur PICARD, THIRIET et la chaîne « relais et châteaux »
-Commande ferme d’un container de longes de thon blanc surgelées (potentiellement plusieurs par an).

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